Itinéraire d’un amateur gâté
A force de demandes - mes amis, mes clients et bien d’autres - il a fallu que je réponde et me décide un jour pour l’écrire enfin, cet ouvrage.
Un livre sur le vin, un de plus !
Il ne faut surtout pas que ce soit un énième ouvrage, contenant une compilation frénétique de vins ou d’étiquettes les uns et les unes derrière les autres, insipides et ne voulant être rien d’autre qu’un peu plus de papier à vendre.
Il faut que ce soit un livre qui soit l’appréciation exacte du vin et ce que j’en sais, induite comme une conversation conviviale, naturelle, directe que j’aurais envers un amateur ayant l’envie de progresser vite pour arriver sans ambages à la découverte du vrai plaisir du vin.
Quand le vin est bon, l’émotion est au rendez-vous, toujours.
Face à la robe mordorée d’un vin de Sauternes, on devine l’imminence d’un début de nuit sur satin couleur carrare, dans les bras d’une femme brûlante.
En dégustant un Pauillac, des envies de chevalerie se dessinent des entrailles jusque dans votre esprit, presque troublé face à cette drôle de machine à remonter le temps.
Qui n’a pas eu cette envie d’ « étable » après une gorgée de Saint Emilion, qui nous met en face d’une belle vache, grosse et rousse, attirante jusqu’à l’envie de taper sa croupe dure et chaude.
Le bon vin est ainsi fait qu’il donne des ambitions à celui qui s’y adonne. Baudelaire parle « d’escaliers invisibles », d’illumination par « un soleil intérieur ».
Le poète a raison…
Le poète Ausone avait tout compris, lui qui s’installa il y a plus de 20 siècles à Saint Emilion, lui donna ainsi réputation et noblesse.
La descente en cave n’est-elle pas une montée au paradis pour celui qui s’est approché de trop près des nectars suprêmes ?
Dites qu’il y aura du bon vin à votre table et vos invités reçoivent par ce programme annoncé l’assurance d’un plaisir certain pourvu qu’ils vous rejoignent.
La mûre fraîche d’un vin de l’Hermitage est un élixir de jouvence. Le Chablis 1er cru n’est-il pas l’expression d’un aphorisme vivant ?
Qu’il soit Alsacien, Bourguignon ou Bordelais, chaque terroir de notre pays est une des dernières fiertés de notre Hexagone. Ne pas en profiter, ne pas en parler, ne pas le véhiculer est un crime de lèse majesté gustative et culturelle. Notre exception est d’abord celle du bon goût, rôdée par des siècles d’expérience. L’odeur du silex, de l’iode et de la rose d’un Gewurztraminer vaut tout dans ce monde et sans ignorer les trésors de chaque pays, ne passons pas à côté de ceux qu’il y a dans le nôtre. Ignorer cet héritage est une hérésie, une folie. Ne pas accepter cette dot est un égarement dans lequel il ne faut pas tomber.
L’urgence s’impose donc, buvez…* buvez…* buvez…* et votre condition d’homo sapiens apparaîtra claire en l’homme ou la femme que vous êtes, et vous serez heureux et satisfaits.
Cet ouvrage n’a d’autre prétention que celle d’une machette débroussaillante de tout ce qui encombre pour l’entendement du vin. Du concept trop petit marchand (le bon marchand lui est un astre) de lieu commun, au vin surpressé, trop acide et impropre à la consommation, il se trouve aujourd’hui des milliers d’étiquettes parmi lesquelles moins de 10 % sont dignes d’intérêt.
Aujourd’hui, l’amateur désireux d’une bouteille fiable, qui n’est pas pris par la main pour le guider, est totalement perdu. L’aide de cet ouvrage vous sera précieuse si votre souci est de gagner du temps sur celui que prendra l’attente de votre plaisir. Vous n’éviterez pas les expériences obligatoires qu’il vous faudra vivre pour affiner votre palais certes, mais le temps gagné à ne pas tâtonner en vain pourra être consacré à bien choisir vos compagnons de table. Chose faîte, votre plaisir ainsi décuplé augmentera l’intensité de vos rencontres. Et un jour, autour d’une table, vous aurez inévitablement cette réflexion « le vin me ressemble parce que j’ai su le choisir ».
Eh bien, ça y est, nous sommes rendus !
Parce qu’il y a un choix, il y a un esprit, et cet esprit de temps en temps, c’est peut-être l’esprit du vin ! L’esprit de la terre ! Notre dénominateur commun à tous !
Y a-t-il un miracle du vin ?
Il est tout de même une notion à préciser lorsque l’on veut approcher ce produit, le vin. Il s’agit, et l’on a tendance à l’occulter bien trop souvent, du résultat d’une dégénérescence naturelle. En effet, la fermentation est une réaction chimique naturelle de pourrissement. Dans cette opération, l’homme ne produit rien, il ne fait qu’essayer de guider la nature en se laissant guider par elle. Il faut prendre ce que je dis par « guider et se laisser guider par elle » comme une vraie notion d’équilibre instable en permanence et qu’il faut savoir toujours garder à l’horizontal d’un produit bien fait qu’est le vin qui, je le rappelle, finira dans notre corps.
Le vin, ce produit d’ingestion, ne finit-il pas dans notre corps ? Il s’agit donc bien d’un produit totalement intime à notre condition. Et c’est ici que l’on touche au miracle : l’homme tire, et dans ce cas soutire de la dégénérescence d’un produit, un liquide d’ingestion qui ne lui fait pas de mal et bien au contraire, lui apporte un bienfait pour sa santé. Depuis Pasteur, la certitude est acquise que le vin, à dose modérée et lorsqu’il est bien fait, est un véritable élixir de jouvence. Les chercheurs du monde médical ont prouvé depuis un siècle que le vin contribue à diminuer le risque des maladies cardiovasculaires. Ce breuvage contribue à « nettoyer » les artères. On ne peut ignorer qu’aujourd’hui, le vin est bénéfique à l’homme.
Et la nature est ainsi bien faite, qu’avant même que l’homme ne possède tous les outils techniques nécessaires à prouver que le vin est bon, elle nous indique depuis la nuit des temps la même chose à travers les effets du vin, à savoir les émotions qu’il procure et les rencontres qu’il provoque.
Le vin et le temps qui passe
La symbolique du geste du vendangeur n’échappe pas aux penseurs. Il y a de cela bien longtemps, l’homme s’est redressé pour devenir l’homo sapiens qu’il est devenu aujourd’hui. Il est passé, par cette position qui le caractérise, à la cueillette des fruits et des produits que lui offrait la nature.
Le vendangeur perpétue ce premier geste, une genèse, caractéristique propre de notre espèce. Et c’est pourquoi le vin intéresse aujourd’hui grandement les historiens.
Ce produit des vignes plusieurs fois millénaires, nullement figé, porte en lui les habitudes des hommes, leurs fêtes, leurs échanges… le vin c’est l’histoire.
A propos de la civilisation étrusque, dont il ne reste quasiment plus aucun témoignage aujourd’hui. La certitude est désormais acquise : leur monnaie d’échange était le vin.
A propos des Grecs anciens, avant de se préoccuper d’être ou ne pas être dans l’Europe, commercialisaient du vin dans toutes les régions voisines les transportant dans des bateaux bombés ; on trouve trace de leur cargaison sous la forme d’amphores contenant du vin. Certes un breuvage très différent de ce qu’il est aujourd’hui, mais du vin tout de même.
Enfin les Égyptiens qui nous laissent des traces de leurs habitudes de vie, ils consommaient du vin. Les divers bas reliefs, illustrations de vases et autres potiches en témoignent : les Égyptiens en buvaient !
Ce produit complexe ne se borne évidemment pas à n’être que rouge ou blanc. Le blanc sec s’apprécie, le Bordeaux moelleux trouve sa place naturelle dans toutes les fêtes. Et en Ukraine, il y a longtemps, lorsqu’ils nous aidèrent à créer la Sorbonne, n’inventaient-ils pas au même moment un sublime moelleux rouge ? Curieusement, le même que l’on peut déguster aujourd’hui est malheureusement pour l’amateur, dont le souci et de diversifier ses plaisirs, introuvable ou quasi inexistant en vente en Europe.
Il y a les vins blancs secs, les vins blancs moelleux, les vins blancs liquoreux puis suivent les vins rouges secs. Il existe également des vins rouges liquoreux, justement en Ukraine. Certains vins rouges de garde se dégustent à 20-25 ans, parfois jusqu’à 30 ans de vieillissement et de bonification.
D’autres se dégustent jeunes, d’autres primeurs. Les blancs, quant à eux, peuvent être vendangés fin août, d’autres dans certaines régions vont se vendanger en septembre sans faire exception des magnifiques vins dits de « glace » que sont les vins d’Alsace, récoltés au début de l’hiver, certains même en décembre quand justement ils sont quasiment gelés.
Les vins de glace sont des vins d’une extrême rareté, atteignant des prix astronomiques et cela bien justifié.
Le vin c’est aussi l’école de la relativité, il suffit de comparer un simple vin de pays avec l’un des trois empereurs : Château Pétrus en Pomerol, Château Ausone en Saint Emilion, ou les vins de la Romanée Conti en Bourgogne.
Et l’on pourrait ainsi parler des différentes variétés de vin sur plus de 300 pages, ça ne serait qu’une compilation exhaustive, et encore il serait difficile de l’être. Et tout de même comment pourrait-on l’être à propos de vin sur notre charmante et adorable planète ?
Le vin, unique produit qui ne connaît pas de veille en constante évolution depuis sa cuvaison jusqu’en cave, il évolue, vit et grandit.
Et à chaque fois je suis surpris d’entendre cette banalité exprimée dans le langage courant que certains béotiens bavards émettent « C’est un bon petit vin ».
Ce sont des esprits étroits qui doivent savoir que lorsque le vin est bon, il ne peut être petit.
Comme il a été exprimé dans l’introduction, le but ici n’est pas de faire des listes mais de donner un outil à l’amateur qui veut s’éclairer pour cheminer dans les méandres parfois obscurs que représente le choix d’un vin pour passer un excellent moment.
L’ivresse qu’il procure, lente et forte, réinsuffle de l’orgueil aux plus humbles des pêcheurs repentis. Il désinhibe les hommes, même les plus introvertis qui s’y adonnent.
Certains Margaux ont la force élégante du comportement d’un orque épaulard.
D’autres Saint Julien ont la trace de l’éléphant qui traîne dans la brousse et qui vous frôle.
Expliquer qu’un Romanée Conti vous porte jusqu’à l’idée d’être un roi le temps de l’ingestion d’un verre est difficile, et pourtant rien n’est plus exact.
Partagez un soir un grand Sauternes entre amis et vous ressentirez l’idée pure du vrai « privilège inouï ».
Il m’arrive souvent de faire découvrir un vin à un amateur débutant. A chaque fois j’ai cette impression étrange, je contemple son émotion qui fut la mienne (j’ai beaucoup bu…..) quelque chose d’infiniment lointain. Une machine à remonter le temps. Expérience de pur bonheur comme un homme qui passe un bel outil à un autre.
Le vocabulaire du vin, mais pour quoi faire ?
L’homme est ainsi fait que grâce à l’hémisphère droit de son cerveau il peut emmagasiner le plus de vocables, puis grâce à l’hémisphère gauche de son cerveau il en fait la synthèse et se servira de ses émotions pour en tirer les conclusions nécessaires à son choix.
Le champ lexical est donc obligatoire et ça n’est qu’en sachant la différence qu’il y a entre moelleux, sec, rouge, blanc, aimable, dur, acerbe, etc. et autant de vocables qui seront nécessaires, que tout un chacun pourra faire un choix dans ce qui sera un élément indispensable et incontournable dans l’agencement de son repas pour qu’il soit réussi. Ce champ lexical, nous vous le proposons dans l’abécédaire émis mot par mot sur le site de La Maison du Vin, et c’est en le parcourant un peu à la façon du promeneur solitaire - que l’on décrit à la philosophie de Platon - que vous aurez à même le sentiment de vous équiper dans ce qui sera votre propre route, dans le choix d’un vin qui saura vous contenter.
Lionel Nirelep