L’Agriculture Raisonnée : son principe
L’agriculture raisonnée est l’ancêtre de l’agriculture dite biologique (bio). Au début du siècle, l’arrivée des gros systèmes mécaniques et de la technologie dans l’agriculture a partagé le monde paysan en deux camps :
- les premiers voyaient de très mauvaise augure l’arrivée de ces nouvelles technologies, de cette chimie qui n’apporterait que misère et difficultés quant à leurs habitudes séculaires de travail. En ce qui concerne la culture de la vigne, cette opinion pouvait se respecter. En effet, les méthodes de production de vin n’avaient pas bougées depuis quatre à cinq siècles ;
- les deuxièmes, d’un avis contraire, estimaient que la demande réelle et sérieuse du public pour une plus grande quantité de vin à proposer sur le marché devait trouver une réponse, qu’il faut vivre avec son temps et que si les nouvelles techniques pouvaient satisfaire une demande de plus en plus croissante, il n’y avait aucune raison de ne pas les utiliser.
Depuis, la célérité du système consumériste moderne a fait son ample travail, le monde viticole n’a pas échappé à la règle de tout produire au delà du maximum et pour satisfaire une demande quasi hystérique de quantité destinée à tirer les prix vers le bas. Aujourd’hui, malheureusement, le monde du vin dans sa majorité ne s’en tient qu’à proposer des produits issus d’une agriculture “irraisonnée”.
Les 5 étapes majeures de l’agriculture raisonnée dans le vin :
- Principe de la taille succincte qui, à l’image des premiers grands crus, consiste à considérer que chaque pied a son importance et qu’il faut tailler sa vigne en la destinant au rendement minimum ;
- Élimination de tous traitements chimiques tels que : sulfate, nitrate (utilisés en viticulture ultramoderne pour le traitement de la vigne). A la place et au lieu de ces produits (qui se retrouveront forcément dans la bouteille), en agriculture raisonnée, on pratique la technique de l’enherbement manuel consistant à napper l’entre-rang des vignes avec de l’herbe tondue fraîchement (cette opération renouvelée régulièrement permet à la vigne d’être forte et vigoureuse et au vigneron de limiter considérablement les traitements chimiques) ;
- La vendange ‘‘cagettes’’ est préconisée. Cela consiste à vendanger grappe par grappe, dans une petite cagette (petite boîte sans couvercle). Ce procédé in fine conserve tout le jus dans son grain, lui-même rattaché à son corps de grappe jusqu’à l’arrivée au chai. La préservation maximum du produit jusqu’à son élaboration est une part importante du principe de base de l’agriculture raisonnée ;
- Le tri des grains considéré comme optimum à l’élaboration d’un grand vin est fait à la main, ou dans les vignobles plus importants, sur une table de tri vibrante destinée spécialement à cet usage ;
- Dans le choix des sous-traitants nécessaires à l’élaboration du produit, seront éliminés tous ceux qui n’entrent pas dans sa fabrication intrinsèque. Notamment, libre choix au vigneron par souci d’économie (bien que cela soit discutable) de se porter sur une bouteille légère plutôt que lourde, libre choix également pour une étiquette ultra-économique (monochrome sur papier quelconque…) etc. De plus, la mise en bouteille devra se faire obligatoirement au château (et non pas par un embouteilleur nomade utilisant des camions embouteilleurs qui pratiquent des solutions d’hygiène bien plus expresses qu’efficaces), le choix du bouchon ne doit pas être considéré à la légère, il se portera sur une qualité dans la masse et d’une longueur convenable (pour les grands vins, minimum de 5 centimètres).
Le poète Ausone, à Saint-Emilion, il y a plus de vingt siècles, installa le vignoble, aujourd’hui célèbre, qui porte son nom. Cet homme a établi 56 étapes pour l’élaboration d’un grand vin. Cette présentation n’est donc pas exhaustive, mais elle vous permettra d’être plus éclairé quant à la qualité des vins que vous serez amenés à déguster. Nous rappelons que le Château Ausone est Premier Grand Cru Classement A à Saint-Emilion, et qu’un bon nombre d’autres viticulteurs, moins célèbres, suivent comme lui l’éthique de l’agriculture raisonnée…
Tous ces vins sont à découvrir et leur travail à suivre, les faire connaître aux professionnels de bouche et au grand public est notre travail.
La Maison du Vin et des Vignobles